« la France de Raymond Depardon », livre de photographies

Entendus et retranscrits approximativement, dans l’émission de Frédéric Taddei « ce soir ou jamais », lundi 5 octobre 2010, quelques propos au sujet de la sortie du dernier livre de Raymond Depardon, réalisé après 5 ans de flâneries dans l’hexagone.

Loin de moi l’idée de remettre en cause le travail de R. Depardon dont tout le monde reconnait la qualité. Ma révolte est plutôt dans l’attitude condescendante des participants à l’émission et de l’animateur de celle-ci. « On ne croyait pas que ça existait encore ! », et j’en passe… Attitude tellement distanciée qu’elle en apparait méprisante, de personnes qui adoptent un regard d’explorateur (en chambre !), de découvreur, d’ethnologue ou de visiteur mal élevé qui refile des cacahuètes aux singes du zoo, on croit rêver !!!

Vous découvrez cette France messieurs-dames ? Mais c’est hallucinant ! C’est votre pays et vous en êtes tant ignorant. Il aura fallu le travail d’un grand professionnel pour que vous découvriez, les yeux à la fois atterrés et moqueurs – même si vous parlez avec tant de talent de « la beauté cachée de la laideur », vieux poncif si l’en est – le pays qui est sous vos yeux, qui est le votre.

Mais qui sont ces gens qui dictent l’opinion, qui donnent une façon de penser, « la bonne », alors qu’ils ne savent même pas ce qu’est une route départementale, un village, un petit commerce ou un chemin de terre non balisé ? Mais qui êtes vous pour vous afficher comme « cultureux » à des heures de semi grande écoute sur une chaine du service public, vous qui visiblement, ne connaissez rien à cette France, ô combien majoritaire en superficie, mais qui n’est ni parisienne, ni même urbaine ? Sortez de vos certitudes feutrées, de la molesquine de vos fauteuils de bobos privilégiés et imaginez, l’espace d’un instant, que la France est constituée de 99% de personnes qui ne vivent pas comme vous… sans commentaire !

« On ne voit pas ça à Paris », osent-ils dire en posant un regard attristé sur une photo représentant un magasin certes décoré kitchement ! Mais que croyez-vous, ignorants de la ruralité, des petites villes et des besogneux qui ont moins de problèmes existentiels et artificiels que vous. « On ne voit pas ça à Paris », qu’ils ont osé dire… et heureusement ! Mais que connaissez-vous réellement de votre Paris où affleurent des flots de quart monde dès que l’on sort des percées haussmanniennes, où les bouches de métro vomissent plus de misère que tout le reste de la France ? Vous devriez être en admiration devant cette France des espaces, devant ces gens qui n’ont pas besoin de suivre une mode provisoire pour exister. Ah, ah ! Si vous saviez combien peuvent être dérisoires vos réflexions d’autistes de la province, d’handicapés du village. Vous aussi, vous avez des crises d’angoisse, à l’instar de tant d’urbains cloitrés dans leur béton, si jamais, un jour, vous vous retrouvez seul au milieu d’une simple forêt, sans panneau indicateur, sans réseau téléphonique et entouré des seuls bruits animaliers. Ce serait l’aventure de votre vie, sans même un minimum d’assistance, ni caméra pour vous suivre !

Vous croyez savoir. Mais que savez vous, si ce ne sont les quelques pensées volatiles de votre espace réduit ? Vous vous autorisez le regard averti et scrutateur, évaluateur, quasi en état de jugement, sinon affirmé, mais en tous cas sous-entendu. Serait-ce un fardeau, un poids si lourd qui vous empêche de vous mouvoir avec aisance parmi les humbles ? Le poids de votre complexe de supériorité !

Sylvain Marchal, mardi 5 octobre 2010,